TL;DR : le 24 septembre 2026, Anthropic a signé un contrat de 11,6 milliards de dollars sur sept ans avec Akamai pour de la capacité de calcul CPU, extensible jusqu'à environ 20 milliards. Ce contrat confirme un fait encore peu discuté : les agents IA passent l'essentiel de leur temps d'exécution hors des GPU, sur du calcul informatique classique.

Tout le monde regarde les GPU et les méga-contrats de centres de données. Pendant ce temps, Anthropic vient d'engager 11,6 milliards de dollars pour le type de processeur qui équipe n'importe quel serveur web depuis trente ans. Voici pourquoi ce choix est une information en soi, et ce qu'un dirigeant de PME peut en retirer.

Le fait : un contrat géant, pour des processeurs ordinaires

Akamai Technologies, connu historiquement pour son réseau de diffusion de contenu, a annoncé le 24 septembre 2026 un engagement contractuel de 11,6 milliards de dollars sur sept ans de la part d'Anthropic, le créateur de Claude. L'accord prévoit une extension possible de 9 milliards de dollars supplémentaires, soit un total potentiel d'environ 20 milliards, selon le communiqué officiel d'Akamai.

L'objet du contrat est explicite : répondre à la demande croissante d'Anthropic en charges de calcul CPU, servies par l'infrastructure distribuée d'Akamai Cloud, qui s'appuie sur des milliers de points de présence dans le monde. Akamai prévoit environ 5,5 milliards de dollars d'investissements pour honorer l'engagement initial, dont 1,7 milliard dès 2026, d'après Yahoo Finance. Le marché a immédiatement salué l'opération : l'action Akamai a gagné environ 20 % dans les échanges d'après-clôture du 24 septembre 2026.

« Anthropic fait avancer la révolution de l'IA et nous sommes ravis qu'ils aient choisi les capacités d'Akamai pour construire et exploiter une infrastructure IA à grande échelle », a déclaré Tom Leighton, cofondateur et directeur général d'Akamai, dans le communiqué du 24 septembre 2026.

Pourquoi des CPU plutôt que des GPU ?

Parce qu'un agent IA ne passe qu'une fraction de son temps à générer du texte. Jon Alexander, responsable produit du groupe cloud d'Akamai, l'expliquait dès juillet 2026 dans un entretien à TFiR : « pour les applications agentiques, jusqu'à 90 % de l'exécution totale de la tâche ne se passe pas sur le GPU ». Le GPU (processeur graphique) sert à l'inférence, c'est-à-dire à la génération des réponses du modèle. Tout le reste, appeler une API, interroger une base de données, exécuter du code dans un environnement isolé, enchaîner les étapes d'un raisonnement, est du calcul classique qui tourne sur des CPU.

Le tableau ci-dessous résume ce qui sollicite quoi dans le fonctionnement réel d'un agent IA.

Étape de l'agentMatériel sollicitéExemple concret
Génération de texte (inférence)GPURédiger une réponse, analyser un document
Appels d'outils et d'APICPULire un CRM, envoyer un email, chercher sur le web
Exécution de code isoléeCPUCalculer, transformer un fichier, générer un rapport
Orchestration et logiqueCPUBoucles, décisions, relances, gestion d'erreurs

La localisation de ce calcul compte aussi. Jon Alexander donne un ordre de grandeur parlant : ajouter 100 millisecondes de latence à chaque étape d'un agent qui boucle 100 fois, c'est 10 secondes de délai ajoutées au résultat final. D'où l'intérêt, pour Anthropic, d'une infrastructure distribuée qui rapproche l'exécution des outils et des données, plutôt que de tout concentrer dans quelques centres de données géants.

Ce que le montage financier révèle

Le contrat contient un second signal, moins visible : Akamai a accordé à Anthropic un bon de souscription portant sur 7,7 millions d'actions, soit environ 5 % de son capital, à un prix d'exercice de 111,33 dollars. Environ 2 % sont acquis avec l'engagement initial de 11,6 milliards ; le reste se débloque au rythme d'environ 1 % par tranche de 3 milliards d'achats supplémentaires.

Autrement dit, le fournisseur paie en partie son client pour s'assurer de le garder. Ce type de montage, déjà vu dans les grands contrats de calcul IA de 2025 et 2026, montre à quel point les fournisseurs d'infrastructure veulent s'ancrer dans la chaîne de valeur des laboratoires d'IA. Il montre aussi la position de force des acheteurs : Anthropic, qui a déjà des accords massifs avec Amazon et Google, traite désormais le calcul comme une matière première à négocier auprès de plusieurs fournisseurs. Akamai, de son côté, cumulait déjà plus de 2,8 milliards de dollars d'engagements pluriannuels sur son offre cloud annoncés plus tôt en 2026 ; ce contrat change l'échelle de son activité d'infrastructure.

Qu'est-ce que ça change pour une PME française ?

Trois choses concrètes, qui n'exigent aucun investissement matériel de votre part.

Le coût des agents IA devrait continuer de baisser. Si l'essentiel du temps d'exécution d'un agent repose sur du calcul CPU, alors l'essentiel de son coût d'exploitation repose sur un marché banalisé, concurrentiel, aux prix connus. C'est une mécanique très différente de la rareté des GPU haut de gamme. Aucun tarif n'a été annoncé avec ce contrat, mais la direction est claire : plusieurs fournisseurs se disputent désormais ces charges de travail.

La valeur d'un agent est dans le logiciel, pas dans le matériel. Ce que ce contrat confirme, c'est que l'IA agentique est surtout de l'ingénierie logicielle classique : raccorder l'agent à vos outils réels (CRM, messagerie, facturation), définir ce qu'il a le droit de faire, gérer les erreurs. Quand vous évaluez un prestataire ou une solution, c'est cette partie qu'il faut examiner ; le modèle sous-jacent, lui, est interchangeable.

La localisation du calcul redevient un paramètre. Une infrastructure distribuée sur des milliers de points de présence signifie que l'exécution peut se rapprocher de vos données. Pour une PME soumise au RGPD (Règlement général sur la protection des données), la partie applicative d'un agent, celle qui manipule vos données clients, peut être hébergée en France ou en Europe sans surcoût prohibitif. C'est un choix d'architecture, pas une contrainte technique insurmontable.

Le lien avec mon quotidien

Je vois cette répartition CPU-GPU tous les jours dans mes propres outils. Mon Bloomberg Dashboard, un brief financier quotidien généré avec Claude Haiku 4.5 sur mon portefeuille personnel, illustre bien la proportion : la collecte des cours, les calculs de variation et la mise en forme du rapport sont du code classique qui tournerait sur le plus modeste des serveurs. Le modèle n'intervient qu'en bout de chaîne, pour l'analyse et la rédaction. C'est la même chose pour les agents que je construis pour des PME : la fiabilité vient du câblage aux données et de l'orchestration, pas de la puissance brute. Un agent utile n'a pas besoin d'un supercalculateur ; il a besoin d'un accès propre à vos outils.


La prochaine fois qu'un contrat IA en milliards fait les gros titres, regardez ce qui est acheté. Quand le créateur de Claude engage 11,6 milliards de dollars sur des processeurs ordinaires, le message est simple : l'IA en production devient du logiciel comme les autres. Et le logiciel, contrairement aux GPU, ne se subit pas ; il se conçoit.

Questions fréquentes

Pourquoi Anthropic achète-t-il des CPU alors que l'IA tourne sur des GPU ?

Parce que les agents IA passent l'essentiel de leur temps hors du GPU. Selon Jon Alexander, responsable produit cloud chez Akamai, jusqu'à 90 % du temps d'exécution d'une tâche agentique se déroule en dehors du GPU : appels d'API, exécution de code, orchestration. Ces charges tournent sur des processeurs classiques, d'où le contrat de 11,6 milliards de dollars signé le 24 septembre 2026.

Ce contrat va-t-il faire baisser le prix des agents IA ?

C'est la tendance probable. Le calcul CPU est un marché banalisé et concurrentiel, contrairement aux GPU haut de gamme. Quand la majorité du coût d'exploitation d'un agent repose sur des serveurs ordinaires, la concurrence entre fournisseurs d'infrastructure tire les prix vers le bas. Aucune baisse chiffrée n'est toutefois annoncée à ce stade.

Une PME doit-elle investir dans des serveurs pour utiliser des agents IA ?

Non. Pour une PME, la question n'est pas le matériel mais le logiciel : la qualité du raccordement de l'agent à vos outils (CRM, messagerie, ERP) détermine son utilité. Un agent bien conçu tourne sur une infrastructure cloud standard, facturée quelques dizaines d'euros par mois, et la partie applicative peut être hébergée en France.